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Willi

Ce que vous ne comprenez pas,

C’est cet état.
Vous voyez votre aura qui broie du noir.
Vous sentez une force magnétique qui vous attire vers le centre de la terre et cette atmosphère qui pèse sur vous.
Vous vous sentez écrasé.
Vous êtes au moment où les corps fourmillent avec froideur.
Assez léger pour y trouver un confort.
Suffisamment inquiétant pour se rendre compte qu’on ne se ressent plus.
L'être est dans une piscine de gros sel, il flotte et je ne connais plus son poids.
Ca y est, le calme est arrivé, à son bras mariée, indifférence.
Les cellules du corps ont prononcé leur vœu de silence.
Plus un bruit.
Tout ralentit.
Dans l’esprit,
Un tumulte qui mugit.
Je me vois mourir dans chaque situation que la vie me propose.
Dans ma baignoire je me noie,
Dans mon salon le plafond s’effondre,
Dans ma chambre, un tireur entre et me tue.
Dans la rue, la voiture me percute,
Dans l’avion j’explose à cause de la pression.
Un enchaînement morbide qui guide ma journée.
J’entends souffle,
Je vois lèvres pincées.
On a beau me sermonner je n’ai que faire de mon avenir.
Je ne vois pas plus loin que maintenant.
J’ai ce vide creux qui vient du ventre qui ronge chaque morceau de chair restant tout autour.
Je pourrais rester assise sur cette chaise toute la journée ainsi que toutes les heures qui suivent.
Le mur a cette tâche qui me tient obo fixe.
J'ignore ma couleur préférée, je ne m’en souviens plus.
J'ignore les 15 dernières années à s'être battue pour concrétiser mes rêves.

Je n’en ai plus, je ne m’en souviens plus.
J’ignore la date où tout a commencé, je ne m’en souviens plus.
Peu importe, ça m’a ouvert les yeux, la vie est une expérience imprévue, pas normale, non désirée, qu’il faut avorter.
La nature n’aime pas le suicide.
Il faut attendre qu’elle choisisse de venir te chercher.
Il faut attendre.
Alors j'attends.
Que ce soit mon tour pour que je n’aie pas d’effort à fournir dans cette finalité.
Je n’en ai pas la force et je ne l’aurai jamais.
Parfois en faisant la vaisselle je craque et je m’effondre.
Un chagrin si fort que je crois faire une crise.
Et puis tout s'arrête.
C'est le silence.
Le calme insidieux qui te place dans l’entre deux.
Je n’aime pas l’alcool,
Pas particulièrement,
Je ne sors pas faire les courses.
L’eau du robinet est rouillée.
Ce mois-ci j’ai oublié de payer le réparateur.
Alors après avoir fini le lait vient le whisky et plus tard viendra qu’il n’y aura plus rien à boire.
Voyez moi comme ce sac vide par terre, qui était autrefois rempli de confiseries.
Je vois vos larmes et vos colères que vous m’adressez.

Tout cela me glisse dessus comme si je n’étais déjà plus dans cette Dimension.
Une part de moi s’est envolée pour ne plus souffrir,
Revenir me coûte plus cher que recommencer une vie dans l’ailleurs.
Vos amours est la pièce que vous offrez à charon pour que je puisse emprunter la route d’orphée et eurydice.
Pour revenir entre vous vivant il me faut payer le prix fort.
Celui d’une douleur que personne n’imagine avant de la vivre.
Un raz de marée qui s’abat sur soi et qui fracasse tout cet ego qui dit, je ne suis pas traumatisé.
Et puis, si vous choisissez de revenir à la vie, alors tout votre environnement change, il faut être prêt pour ça.

Je suis dans cet entre deux.
Je n’arrive pas à revenir parce que je n’ai pas encore conscience que je peux le faire, qu’il existe un chemin pour remonter.
Je n’ai pas un sou, je n’ai qu’un embryon qui se cajole dans une poche.
Et puisque c’est injuste pour lui de mourir dans l'œuf, l’univers me retient ici.
pourquoi lui aurait-il le droit et pas moi?
Pourquoi aurait- il le droit d'être épargné et de vivre comme j’aurai aimé?
A cette pensée j’ai compris que j’étais jalouse.
Que je ressentais pour la première fois un élan de je ne sais quoi qui m'avait fait prendre la plume.
Des mois qu’elle prenait la poussière.
Si tu peux avoir la vie que j’aurai aimé, il faut que je te l’offre.

Alors elle doit être aussi un peu à moi.

Extrait

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