Bonjour de la Démence
" Une femme est assise dans un fauteuil à velours bleu, elle est dans une pièce sombre. Pas de rideau, pas de fenêtre. Si, des rideaux, de longs rideaux noirs opaques qui frôlent le sol de leurs coutures. A côté du fauteuil à velours bleu, une table en bois à hauteur de coude. Une fois assise, sur cette table en bois à hauteur de coude, un vieux téléphone fixe ainsi qu’un message qui tourne en boucle. Sur le fauteuil à velours bleu, une femme, on ne discerne pas son corps, mais ses cheveux, ses bras, son bras qui s’étend pour cendrer la cigarette, puis la main qui amène la cigarette à ses lèvres. La fumée qui rejoint le plafond avant de s’évaporer dans le tissu de l’air. Le silence. Rien que le lourd silence que le message laisse planer dans la pièce. Sur papier blanc et blanche colombe le brouillon d’une voix et en guise de crayon, un revolver à portée de doute.
Première sommation : Salut c’est moi
Une main se tend sur la table en bois à hauteur de coude une fois assis
Deuxième sommation : Appuyez sur réécouter
Maman je te demande pardon
Troisième sommation : Bonjour de la démence.
Noir.
Feu.
" Suicide
Le docteur
Dans la même salle de l’hôpital psychiatrique
Le docteur : - Vous êtes infâme
Le docteur : - Vous êtes réellement infâme
Suicide : - J’avais saisi la première fois.
Vous croyez que c’est facile de porter un nom aussi violent sur ses épaules ?
Vous croyez que j’aime, moi, avoir pour compagnie les songes cauchemardesques de mes actes passés ?
Vous croyez que c’est chouette d’avoir toutes ces peaux à traîner comme une lourde chaîne de taulard à la cheville ?
D’avoir toutes ces voix assourdissantes dans les oreilles ?
Que ce n’est pas humain d’avoir envie de signer la date de péremption de son propre corps au lieu de laisser ce boulot au temps ? Vous croyez que ce n’est pas normal de préférer garder ses angoisses plutôt que de n’avoir personne ?
Vous croyez que je suis ignoble parce que j’ai meurtri tous mes corps vie après vie ? Je pourrais vous peindre une quantité monstrueuse de facettes de la solitude souffrante.
Je vous passe le reste des métaphores mais vous ne vous en rendez pas compte.
Avec votre belle chemise blanche.
Votre chemise toute blanche et toute avortée de sensualité.
C’est même pas une métaphore vous avez vraiment votre sensualité qui est tombée de votre ventre à vos chevilles. Ça colle encore.
Dans d’autres circonstances j’aurai adoré vous embrasser.
Le docteur : - Je suis un objet de fantasme pour vous?
Suicide :- Ah non. j’aurai juste volé vos clés.
Le docteur :- Vous disiez…
Suicide :- Oui je sais ce que je disais.
La circonstance actuelle est que vous n'avez pas de clé sur vous et que y’a même pas de serrure et que je sais même pas où est la sortie et qu’ici je sais même pas si je suis content ou pas content.
Donc, l’autre circonstance c’est qu’il y aurait eu une clef sur vous et je l’aurai volé d’un baiser. Je me serais échappé par une serrure attachée à une sortie et j'aurais été content ou pas content mais je le saurais. Là je sais pas.
Le docteur :- Vous ne savez pas quoi?
Suicide :- Je vous le dis. Content. Pas content.
Le docteur :- Vous n'êtes pas content?
Suicide :- Vous m’embêtez.
Le docteur :- Répondez c’est important.
Suicide :- Mais si je le savais.
Moi, si j’étais content ou pas content, je vous le dirai.
Mais je sais pas.
Le docteur :- Donc vous ne savez pas?
Suicide :- Dites moi faut faire combien d’année de médecine pour poser des questions connes comme ca déjà?
Le docteur :- Je vous sens pas content.
Suicide :- Oui là je me doute que je ne suis pas content mais je le sens pas c’est là tout le probème. Mais rassurez-vous, bientôt, vous aurez aussi un bonjour de la Démence vu comment c’est parti.
Et là, vous comprendrez pourquoi une peau est plus qu’un bout de corps, pourquoi je suis à moitié là, pourquoi je suis une moitié de réponse, un quart de question.
Et non je ne suis pas infâme. "
"
Chapitre 3: Flash back
Suicide
Madame La Mort
Le petit déjeuner
Je me souviens,
Le jus d’orange sur la table,
La télévision qui se forme et se déforme au creux de mon oreille,
« C’est à vous Jérôme »
Les crépitements de la poêle
Chaud
Sous l’eau du lavabo
froid
L’assiette du petit déjeuner qui cogne deux fois la table avant de faire vœu de silence. « La mét o d’ujord’ui e p u t bo e »
En face de moi, une ombre qui bouge,
une autre derrière.
Une, sombre sur le fauteuil devant la télévision.
Au micro-ondes tourne et tourne mon café que je fais réchauffer,
J’ai oublié que le temps fait refroidir les cafés quand on ne les boit pas. « 15 au s d e 17 a l’ t »
J’ouvre la porte du micro-ondes et mon café me tombe sur la cuisse.
Bouillant il m’ébouillante pourtant je ne dis rien.
L’ombre derrière moi s’affole et fait autant de bruit qu’une sirène d’alarme.
Je ne me retourne pas, mais on me vole ma cuisse et on la badigeonne d’eau froide.
C’est fatalement rouge et ça brûle fatalement.
Mais je ne ressens pas grand-chose.
On me rend ma cuisse avec de l’aloe vera plein partout et un bandage grossier tout autour. Je me rassois avec la moitié d’un café froid maintenant.
« Corona virus »
Je décroche mon cerveau.
Bon sang, où est cette télécommande ?
« les inf rm è s se se nt ubli es »
Évidemment,
C’est l’autre sur le fauteuil qui s’est endormi qui a la télécommande sous le flanc et nous à présent,
On part dès 8 h avec un mal d’estomac dû à ces informations anxiogènes.
« Le s spen e af ai e ma b e s ur e po t d’ t e r s lu… »
Je repars dans le silence qui est le mien à défaut de le sentir en dehors.
Plus que les ombres et les silhouettes,
Juste deux trois syllabes et ma cuisse je ne la sens déjà plus.
Il faut que j’y aille.
Je suis clouée là.
Il faut partir.
Mais je reste là.
Il faut que je continue cette journée.
Elles ont le même goût.
Allez, ce soir ça sera terminé.
Je suis là.
Ce qu’il y a dehors vaut mieux que ce que je trouve ici.
C’est vrai.
J’ai des obligations.
Je ne peux pas.
Je suis forcée,
J’ai un contrat signé.
Je n'en peux plus.
Et ma cuisse elle me brûle.
Tu ne la sens pourtant plus.
C’est vrai.
Je dois être malade.
Dans ta tête.
C’est peut-être vrai.
Et ce jus d’orange il est là tous les matins comme un bourreau qui peint les journées exactement comme la précédente.
Hier tu ne t’es pas versée du café dessus.
Hier j’avais mal ailleurs.
Hier tu t'inventais une douleur pour ne pas partir.
Maintenant j’ai une raison de rester, une cuisse ça s'infecte vite.
Une cuisse ouverte oui, une cuisse goût café, non.
« le miel des apiculteurs d’Occitanie se fo t e jo d v s re t ou e a f st v l at al….. »
Ce brouillard de voix qui tourne autour de moi me donne ce mal de mer de femme enceinte comme si chaque bruit était plus fort encore, chaque odeur était plus forte et infâme que l’autre.
Ils ne me voient pourtant pas.
Il est 8h15,
Je suis en retard
Personne ne me prévient
Je suis assise là
La cuisse molle
La tasse froide
L’élan fatigué
Personne ne remarque que je ne suis pas habillée correctement pour aller travailler.
Peut être que si je m’étouffais avec ce jus d’orange on viendrait m’enlacer ?
Pas capable.
Il faut que je me lève.
pas capable.
8h 20, je suis en retard.
Je risque d’avoir des soucis.
Dommage.
Ce jus d’orange me regarde mal.
Je voudrais dormir.
Je voudrais simplement m’endormir
“ T e e ead”
“U s n rt”
“Tu es en retard”
Pas capable.
Je bois le jus d’orange.
J’ai cru l’entendre me dire je suis fruit,
Il devait vouloir dire je suis forte. "